Une Élue en action

 Retrouvez mon édito du mois de septembre 2016.

 Depuis 2015, l'Union européenne a accueilli près d'1.2 million de personnes, dont la moitié en provenance de Syrie. Un afflux de réfugiés sans précédent qui a démontré la nécessité d'un sursaut vers "une Europe mieux organisée ".

Cette crise migratoire inédite pour l'UE plaide en effet pour une stratégie européenne clarifiée en matière de politique étrangère, de gestion des crises, du droit d'asile. Récemment auditionné devant le Sénat, le Ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, affirmait que d'ici la fin de l'année, la France recevrait 100 000 demandes d'asile.

A Calais, 6900 migrants vivent dans les conditions de vie déplorables que nous connaissons (abris insalubres, manque de points d'eau et de toilettes, collecte insuffisante des déchets). Un millier d'entre eux seraient des mineurs isolés.

Pour répondre à l'urgence humanitaire et désengorger Calais, le gouvernement a annoncé la répartition des migrants sur tout le territoire, avec la création, d'ici à la fin de l'année, de 12 000 places d'accueil.

Le schéma de mobilisation prévoit que la région Bourgogne-Franche-Comté contribuera à hauteur de 750 places (200 existent déjà, 550 sont à créer).

Il est essentiel de réaffirmer notre solidarité avec les réfugiés dont une grande part a connu la guerre, la violence, la peur, l'oppression sur des zones de conflits. Il est aussi important de reconnaître le traumatisme du déracinement et les conditions dramatiques dans lesquelles ils arrivent dans notre pays (réseaux de traite d'êtres humains, conditions éprouvantes (répétition), etc.)

Face à tant de détresse, la solidarité des Français ne doit pas faillir. 

Mais pour que ces accueils se déroulent dans de bonnes conditions, ils doivent s'organiser en étroite concertation avec les élus locaux qui auront à assurer la bonne prise en charge des familles, la scolarisation des enfants, les activités d'intégration, bref, la gestion du quotidien...

Leur répartition géographique aussi est essentielle. Elle ne doit pas être liée seulement à la disponibilité de quelques immeubles de bailleurs sociaux qui se trouvent de fait souvent en zones rurales défavorisées. Car trop souvent, heureux de trouver des appartements vides, l’Etat s'empresse d'installer un CADA, sans plus de considérations des opportunités réelles d'intégration.

L'Etat doit donc réajuster sa méthode en tenant compte des réalités pour favoriser la bonne intégration de ces migrants et une meilleure acceptabilité par les populations locales. Il est important que la démarche se fasse dans un climat bienveillant et ne laisse pas prise à des récupérations politiques...

Dans les conditions actuelles, installer 60 migrants dans une commune rurale de 500 habitants, isolée et en difficulté économique, comme cela se voit en Côte-d'Or, n'est pas une option opportune. Cette situation n'est malheureusement pas unique.

Il ne faut pas occulter ou négliger les charges collatérales et la mobilisation de moyens supplémentaires pour les communes d'accueil (prise en charge des transports scolaires, du périscolaire voire de l'extra scolaire, de la cantine...) et l'ensemble du tissu social également impliqué (associations caritatives, sportives, culturelles, Centre social...). Les associations qui oeuvrent dans nos territoire le confirment : l'accueil des migrants nécessite de solides équipes de bénévoles sur le terrain, des capacités de stockage supplémentaires dans un climat parfois complexe.

Il convient donc de bien appréhender les capacités d'accueil et d'organisation de ces structures afin que l'accueil des migrants se déroule dans de bonnes conditions humaines et financières pour chacun.

Si, comme l'AMF le rappelle, la politique de l'asile relève des compétences régaliennes de l'Etat (qui doit notamment en assumer la responsabilité administrative et financière), les communes ont déjà conduit de nombreuses actions pour offrir un accueil digne aux réfugiés.

Cet effort doit se poursuivre dans le dialogue et la concertation préalable entre les préfectures et les élus de terrain, qui connaissent la réalité et sont en prises avec les décisions et problèmes du quotidien.

L'AMF a plaidé pour "le volontariat" des communes pour accueillir des migrants sur leur territoire. Je souhaite que l'Etat respecte cet engagement, notamment à travers la mise en place du schéma national de répartition, par les préfets.

Les élus des collectivités le savent: l'accueil des migrants peut constituer un enjeu pour les populations locales. Il y a un véritable travail de dialogue à mener avec les citoyens et les acteurs locaux, qui se trouvent confrontés à des problématiques nouvelles qu'ils acceptent, mais auxquelles ils vont devoir faire face avec peu de moyens et dans un contexte social souvent dégradé en milieu rural.

Ne laissons pas s'installer des dénis de réalité, ou des sujets tabous. La concertation doit permettre de mieux anticiper les situations locales en termes d'accueil et de prévenir les risques de blocage. C'est ainsi que nous assumerons dignement et de manière responsable notre devoir de solidarité.