Une Élue en action

Journal du 1er octobre 2015

Propos recueillis par David Vermassen

 "En aucun cas, il faut subir" 

Son action, sa proximité avec les élus locaux, la baisse des dotations de l’État, le projet de Parc National... la sénatrice Anne-Catherine Loisier répond à nos questions. Sénatrice de Côte-d’Or depuis octobre 2014, Anne-Catherine Loisier porte un regard avisé sur tous les sujets d’actualité. Certains méritant qu’on s’y arrête, entretien sans détour. 

Un an après votre élection au palais du Luxembourg, comment allez-vous et êtes-vous à l’aise dans votre rôle parlementaire ?

“Je vais très bien, merci ! Au Sénat, j’ai trouvé une assemblée totalement différente de ce que j’avais pu entendre ici ou là et des images qui circulent. Il y a un état d’esprit très positif avec beaucoup de travail et de coopération. Les clivages partisans existent, c’est vrai, mais ils sont moins marqués que dans d’autres assemblées même locales. Je suis présente à Paris du mardi au jeudi et, durant ces trois jours, je partage beaucoup de chose avec les autres sénateurs. Des liens et de la complicité se créent. J’y ai trouvé ma place et j’en suis fière”.

 

Vous êtes rattachée au groupe UDI-UC, par conviction ou par choix ? 

“Même si j’ai une philosophie politique de droite, je n’ai pas de carte. J’ai simplement rejoint le groupe m’ayant soutenu. Il est composé de jeunes élus dont un tiers sont sénatrices à l’image de Chantal Jouanno. Dans ce groupe parlementaire, il y a un bon esprit, une bonne ambiance de travail, une liberté de parole et de vote. Je m’y sens bien, car j’ai trouvé la totale liberté d’expression que je recherchais”.

 

D’où un épanouissement dans  votre fonction...

“Être sénatrice, c’est extraordinairement intéressant ! Je suis projetée dans une autre dimension sur tous les sujets. Après une vingtaine d’années d’expérience de la vie publique locale, c’est captivant de voir l’autre côté de l’élaboration de la loi et toute l’argumentation des décisions.  Forcément, je suis toujours dans un grand écart entre les réalités locales que je connais bien et la vision nationale. Il faut réussir à trouver un équilibre, l’exercice n’est pas simple mais je pense y  arriver. De plus, au Sénat, je me suis engagée sur des thèmes qui me tiennent à coeur. Je suis membre de la commission des affaires économiques, du groupe d’études élevage et de la section cheval, du groupe d’études forêt et filière bois. J’ai gardé mon implication au niveau des communes forestières et je siège au conseil d’administrationde l’ONF. Je participe également à une mission d’étude sur la transcription des directives européennes sur la commande publique. Enfin, j’ai cosigné des propositions de loi et posé plusieurs questions écrites ou orales au Gouvernement”. 

 

Si votre action à Paris est riche, vous n’oubliez pas vos racines et gardez le contact avec la Côte-d’Or...

“Exactement ! Le dialogue entre le parlementaire et l’élu de terrain (maire ou président de communauté de communes) est très important. J’ai déjà effectué plusieurs rencontres avec les élus des différentes communautés de communes de notre département et je vais les poursuivre, j’avais d’ailleurs commencé à Châtillon-sur-Seine. À cette occasion, ils me font remonter des informations utiles, leurs souhaits et leurs inquiétudes. Je mesure combien il y a une distance entre l’élu local et la loi, toute cette différence entre l’esprit de la loi et la manière dont elle est appliquée sur le terrain. Parfois, il y a un fossé ! Mon rôle de parlementaire est aussi d’expliquer l’esprit dans lequel la loi a été votée. C’est la raison pour laquelle, entre autres car j’aime aussi beaucoup le contact avec chaque citoyen, je passe du temps avec les élus dans leurs communes. C’est important, pour moi, de créer ce lien de proximité. Tenez, prenons l’exemple de la loi NOTRe sur la Nouvelle organisation territoriale de la République : sur ce sujet, le Sénat a joué tout son rôle d’amortisseur en la remaniant”.

 

Dans ce moment-là, vous êtes vous vraiment sentie utile ?

“Oui. La démocratie, c’est le débat ! L’action du Sénat a été de polir cette loi. Cette loi Notre, dont je regrette encore l’absence de débat du Gouvernement avec les acteurs locaux de chaque territoire, ce sont les maires qui vont devoir l’expliquer aux citoyens car ils sont placés en première ligne. Ce ne sera pas une chose facile et certains seront sûrement mal à l’aise, car elle reste particulièrement complexe”.

 

Justement, vous êtes également maire de Saulieu et présidente de l’intercommunalité du même nom. Alors, la baisse dotations de l’État ?

“Quel sujet ! Il faut toujours faire plus mais avec moins. L’État se désengage et nombreux vont être les élus locaux à ne pas avoir de marge de manoeuvre. Ce sont eux qui vont encore porter le  chapeau, car ils vont être obligés d’augmenter les impôts alors que leur mauvaise gestion n’est absolument pas en cause. Pendant ce temps, l’État, qui est le premier créateur de la dette  française s’élevant à 2000 milliards d’€, ne fait toujours pas sa réforme ! Ça m’insupporte que l’État demande de faire des efforts qu’il ne fait pas et ne se réforme pas en profondeur. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation de, défiance de l’État qui ne tient plus ses  engagements et n’est plus un garant, ni un partenaire solide, pour les collectivités. Le contrat de confiance a été rompu, c’est regrettable ! Alors oui, c’est vrai, le contexte est difficile. Mais on ne peut pas demander de plus en plus aux élus locaux alors qu’on leur donne de moins en moins de moyens pour le faire, c’est franchement paradoxal”.

 

Plus que jamais, vous êtes en osmose avec tous les élus locaux. D’ailleurs, vous êtes “à l’écoute du territoire” et avez la volonté “d’associer à mon action chacune et chacun d’entre vous”. Quel message souhaitez- vous leur faire passer dans nos colonnes ?

“Je leur dis : intéressez-vous à chaque loi et comprenez-la afin de réagir si certaines choses ne vont pas. Ils ne doivent pas se laisser imposer des obligations. En aucun cas, il faut subir une loi qui comporte des décisions impactant notre quotidien. Moi, je reste à leur écoute et je les informe si besoin. Je pense que, dans ce contexte où l’on impose pas mal de choses aux élus locaux, il est essentiel qu’ils soient informés. Et je me rends bien compte qu’ils subissent beaucoup et ne mesurent pas toujours la marge de manoeuvre qui est la leur. Je suis également proche de chaque habitant et je passe du temps à discuter avec eux. C’est extrêmement important de rester proche et de connaître la réalité quotidienne de nos concitoyens”.

 

Bon, terminons par “LE” sujet qui fait causer en Pays Châtillonnais : le projet de Parc National. Quel est votre avis ?

“Moi, je vis dans le Parc naturel régional du Morvan. Quarante ans après sa création, j’en mesure ses avantages et contraintes. Encore aujourd’hui, certaines personnes se posent toujours cette question : à quoi ça sert ? Concernant le projet de Parc National des forêts de Champagne et

Bourgogne, l’idée est bonne mais elle n’est pas évidente à traduire sur le terrain. J’ai plaidé, auprès de la ministre Ségolène Royal, le retour au projet initial qui avait l’accord d’une grande majorité. L’appropriation locale est vraiment importante, ce projet ne doit pas être celui du ministère de l’écologie. Ça ne sert à rien de passer en force, il faut que le territoire y adhère avec l’appui de l’ensemble de ses acteurs. Aujourd’hui, il est urgent de revoir le projet et il faut arrêter de faire croire que la Charte va tout cadrer. Il ne faut pas cacher les contraintes et bien cibler l’impact que ce Parc aura dans l’avenir afin d’attirer du monde. Oui, il serait temps que le projet soit vraiment porté par le territoire ! Je comprends les inquiétudes des agriculteurs et du monde économique qui ont tous besoin d’être écoutés et rassurés. Ce projet ne doit pas fragiliser le territoire. Un Parc sans agriculture et filière bois sur le Châtillonnais, c’est un non-sens.